NORVEGE

NORVEGE 2011

TRAVERSEE DES HAUTS PLATEAUX DU SETESDAL

Randonnée nordique / 27 février - 12 mars 2011


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Le Setesdalsheiene est le massif montagneux le plus méridional de Norvège. Sa positon géographique, son bon enneigement, son altitude moyennement élevée, ainsi que la présence d’un réseau de petits refuges confortables, non gardés et peu fréquentés, font de ce massif très isolé et méconnu un joyau du grand nord.


Situés à des altitudes avoisinant les 1'000 m, les plateaux se caractérisent par un relief moyennement accidenté et relativement complexe : lacs et sommets se comptent par centaines ! A leurs marges, des vallons boisés de bouleaux ou de pins descendent vers la vallée d’Otra ou vers les fjords tout proches à l’ouest.


Pas de sentiers, pas de traces, mais des myriades de lacs englacés, d’innombrables collus, vallons et canyons. Par temps clair, c’est un immense désert à perte de vue sans points remarquables, sans repères précis. La randonnée prend alors l’air d’un grand jeu à contourner les monticules rocheux, se glisser le long de magnifiques vallons, éviter les pièges de petits canyons aux parois abruptes et des corniches qui les surplombent à l’instar du navigateur traversant une mer bien formée, surfant sur la vague, négociant les déferlantes, découvrant un nouvel horizon à chaque franchissement d’une nouvelle crête.



La configuration de ces hauts plateaux et leur innombrables lacs, dont le très étendu lac Blasjo, constituent pour la Norvège une sorte d’immense château d’eau, un vaste réservoir hydro-électrique qu’elle exploite à ce titre, grand pourvoyeur d’une énergie dite propre.

Une rencontre plutôt incongrue avec une ligne à haute tension ne manque d’ailleurs pas de nous le rappeler et autant l’avouer franchement, pareil alignement de pylones métalliques et de lignes électriques, c’est moche ! Et puis vient l’interrogation, surtout par les évènements qui courent actuellement de par notre monde. S’il est vrai que ces installations n’ont certes pas l’esthétique des cheminées de nos installations nucléaires, c’est toutefois avec insouciance et tranquilité de conscience que l’on cotoie ces lignes somme toute inoffensives. Et puis, quelques kilomètres plus loin, ces dernières se font déjà oublier, se confondant très vite avec l’environnement montagneux.

Certes ici n’est pas le lieu d’ouvrir le débat au sujet de notre avenir énergétique, des risques que notre humanité encoure à manipuler ses « boîtes de pandore » nucléaires. Mais finallement que représente cette empreinte sur l’environnement, comparée à la menace et aux poubelles radioactives que notre société énergivore et irresponsable s’appraitent à léguer aux générations futures. Il est grand temps de parier sur une humanité plus ingénieuse de son évolution que sur le mauvais génie de son autodestruction !






La météorologie est une drôle de science, elle qui, en effet, ne connaît pas le beau temps. Cette notion si commune au citoyen lambda n’est, en effet, qu’une situation intermédiaire, qu’un ciel « d’intervalle », qu’une rémission temporaire où la clarté du ciel d’un jour précède des lendemains à nouveau tourmentés. Et rien n’est plus vrai en Norvège !


Ainsi les dépressions venues tout droit d’Islande ou d’Ecosse traversent vigoureusement ces régions en y changeant radicalement la donne. Une visibilité réduite à néant, des vents puissants courants libres de tout obstacles, le relief qui s’estompe, pas d’abris naturels, c’est peu dire que la lecture de cartes et la maîtrise du GPS sont le seul salut du randonneur à la poursuite de son but, à la recherche du refuge salvateur. C’est l’aventure à son sens le plus fort.


Du voyage géographique !

C’est en autonomie que nous réalisons notre périple, tractant 4 pulkas fournies en alimentation et en matériel, chacun portant ses effets personnels sur le dos. Ainsi en 11 jours nous allons parcourir plus de 160 km dans tout les types de terrain et par tous les temps, accumulant un dénivellé relativement important si l’on vient à additionner les innombrables bosses surmontées. Le franchissement d’un col au matin du 5ème jour nous voit ainsi évoluer dans un terrain assez alpin et il faut bien reconnaître que pratiquer les conversions en terrain raide, alors que la pulka vous rappelle cruellement les lois de l’apesanteur, vous oblige à un jeu subtil entre force pure et équilibre.



Hovden constitue notre point de départ et par la suite nous logerons successivement aux refuges de Sloaros, Holmavass, Bleskestadmoen, Mostol, Krossvatn, Hovatn, Storsteinen, Kringlevatn, Bossbu et Stavskard. Le raid s’achève enfin par une descente sur Valle.





La réputation des refuges norvégiens n’est plus à faire et leur mode de fonctionnement basé sur le respect des lieux et la confiance est toujours surprenant. La plupart sont chaleureux à souhait, mais leur très faible taux d’occupation l’hiver les rend très humides. Il faut dès lors se montrer un peu patient jusqu’à ce que la « truie », patiemment réveillée, sorte enfin de sa torpeur pour nous dispenser sa chaleur.








De la réussite d’un voyage !

C’est quoi la réussite d’un voyage ? Grave question et qui plus est, à combien de points ? Ne serait-ce qu’une question de donne ? Qu’une question de hasard ? Du choix d’un lieu propice à l’évasion ? D’une météo favorable ? De la qualité du groupe ? Et puis laisser faire l’alchimie ? Vaste débat entre quelque barbus aventuriers…











Du commencement du voyage ?

En fait quand commence véritablement le voyage ? A l’évocation d’un nouveau projet qui s’empare de votre esprit ? Lors des préparatifs toujours un peu fastidieux ? Au réveil du grand jour, délivrance d’une nuit à coup sûr agitée ? Sur le quai d’une gare ou dans le hall d’un aéroport ?

Dimanche 14 heures. Nous voilà déjà à Kristiansand,1300 km plus au nord. Le corps s’est déplacé, l’environnement a changé, mais est-on pour autant vraiment en voyage, tout encore absorbé à nos rites et soucis quotidiens, appropriation d’un nouvel hébergement, d’une ville qui nous désoriente, à la recherche de nouveaux repères. Au fond qu’est-ce qui a changé ? N’est-on pas dans la seule illusion du voyage, sa simple matérialisation ?

Il faudra encore du temps pour sentir le début du vrai voyage, s’en imprégner tout entier. Mais au fait, de quel voyage parle-t-on ? De quelle quête ? De quel ressenti ?









Immersion dans le mauvais temps

C’est un vent très soutenu qui a bousculé notre refuge toute la soirée et la nuit durant. Les retrouvailles autout du déjeuner laissent transparaître une certaine tension alors que l’étape du jour s’annonce la plus longue, le parcours flirtant avec les points culminants du massif très exposés au vent. 25 km au programme, soit plus de 8 heures de marche nous attendent, pleines d’incertudes quant aux conditions à affronter et sans échapatoires ni plan B. Seule issue de secours en cas de problèmes, deux tentes, 5 places pour sept, pour nous abriter et attendre dans la précarité de meilleures conditions propices à notre progression.

Un vent de 50 km/h par l’arrière, c’est très acceptable, mais si celui-ci devait se renforcer sérieusement, ce qui n’est pas rare dans ces régions, le trajet pourrait alors se transformer en course au salut.


Une brève éclaircie nous invite au départ. La neige fraîche tombée depuis 2 jours nous impose une lente progression. Chacun affronte ses « bobos » chaque matin un peu plus exacerbés, courbatures pour certains mais surtout nombreuses ampoules aux pieds, voire de vraies rampes d’éclairages pour d’autres. Le corps se fait bientôt oublier, l’esprit repart dans ses divers vagabondages au gré du temps qui passe. Les yeux fixés sur l’inexorable avance saccadée de la pulka qui vous précède, vous plongez petit à petit dans une sorte d’hypnose, dans une marche réflexe, l’esprit libéré de toutes contraintes pratiques …. Juste avancer …. Juste le moment présent… le guide se chargant de deviner la route, jonglant entre la lecture de carte et les relevés GPS.

J’aime ce pas lentement rythmé, cette course à la lenteur, le temps vide, immense paradoxe de nos existences qui se doivent frénétiques ! Le ciel, le sol, le vent, tout se mélange en un espace immensément blanc, un nuage opaque, un voyage dans la buée et à l’équilibre précaire. L’enchainement des pentes qui se succèdent constituent les rares distractions qui viennent stimuler vigoureusement vos pulsations, vous rappelant singulièrement que, pareillement harnaché à la pulka, l’élévation ici n’a vraiment rien de spirituelle.


Après bientôt plus de 4 heures d’effort à remonter pentes après pentes, on aspire à bientôt redescendre sur terre, dans son sens premier. Lors de rares et brèves pauses, emmitoufflés dans nos capuches, visage sous le vent, on absorbe rapidement quelques vivres qu’un bol de thé chaud se chargera de diluer, une fois arrivés à destination. Très vite quelques frissons vous gagnent qui vous invitent à reprendre la progression.

Le monde s’applatit enfin, de vagues vallons ouvrent sur de brèves descentes dont on ne distingue pas la pente et c’est dans la crainte d’un ressaut que l’on ne distingue pas, de la corniche dissimulée, qu’il faut glisser avec parfois la désagréable sensations du sol qui se dérobe soudain sous vos pieds. On gagne bientôt un nouveau lac, on distingue un semblant de ciel bleu, les effets lumineux d’un soleil maintenant déclinant ajoutant encore à l’ambiance.



Dévalant des hauteurs avoisinantes et dans un élan un peu plus furieux, Eole coure alors les étendues d’eau glacées, emportant avec lui un grésil qui vous cingle le dos, soulevant la neige poudreuse dans un tourbillon désordonné, dans un vaste nuage dans lequel tout semble se dérober à votre regard. Et toujours devant vous, ce compagnon qui progresse, parfois ombre, parois troll ou encore elfe au gré de lumières diffuses. Quelle jouissance que cette vie qui vous bouscule, cette vie qui vous traverse , cette vie qui vous emporte, vous êtes la vie….. vous êtes le voyage !


Surgit enfin devant nous, enfoui sous la neige, le refuge, havre de réconfort. Vous tombez la veste, le masque, le bonnet qui vous assourdit, vous retrouvez vos compagnons et déjà cette envie de leur demander comment ils ont vécu « leur » voyage !

Me revient alors à l’esprit cette citation qui nous rappelle que dans la vie le but importe peu, l’essentiel résidant dans le chemin parcouru !


Il est ainsi des aventures où la mesure du temps s’est peu à peu fait sourde. Combien de jours déjà parcourus, combien d’instants intenses vécus, de moments partagés ?

Il est maintenant temps de regagner la vallée, de glisser vers Valle, dernier parcours au travers de paysages à nouveau apaisés, marquant d’une dernière et profonde trace une neige abondante et cotonneuse, dans un grand silence retrouvé.

La trace de notre route bientôt s’estompera ! Mais son indicible empreinte habite déjà chacun de nous !